mardi 10 juin 2014

Avis Aquiprint de Didier Reinharez


Le jeune écrivain aux cheveux blancs soupira profondément, posa sa plume et réfléchit.
Il venait de terminer le deuxième tome de ses Mémoires, son premier livre non scientifique. Dans le premier tome " Un oiseau traversa le ciel", il racontait sa naissance, il y a près d'un siècle dans un shtetl, une petite bourgade juive de Ruthénie subcarpatique, très pauvre, pétrie de religiosité, aux mœurs encore médiévales mais où il n'existait pas un seul habitant, même l'idiot du village, qui ne sache lire la bible dans le texte. Arrivé en France avec ses parents, à l'âge de deux ans, ne parlant que le Yiddish, il avait traversé les turbulences de l'entre deux guerres, avait failli devenir violoniste virtuose, et avait échappé aux nazis qui le recherchaient, en devenant, sous un faux nom, valet de ferme et sonneur de cloches dans un village reculé de la France profonde.
Par la magie de l'écriture, il avait essayé de retrouver la façon dont il avait ressenti les évènements avec l'insouciance de la jeunesse et avec le recul et l'humour qui lui avaient toujours servi d'antidote au désespoir et à la mélancolie. Ce qui faisait que cette autobiographie, qui se déroulait pourtant dans une époque dramatique, n'était, d'après ses premiers lecteurs, absolument pas triste.
Dans le deuxième tome, " Les tribulations d'un carabin sentimental", il racontait comment, à la libération, il n'avait pu devenir peintre comme il le désirait. car, pour une mère juive, pour son fils chéri, il n'existait que deux métiers possibles : être médecin pour soigner sa mère ou avocat pour défendre son père. Sans argent pour s'installer, il était devenu généraliste dans un quartier misérable et désert du Paris d'après-guerre, puis, vingt ans plus tard, spécialiste, enseignant et chercheur, traversant un demi siècle de mutation où la médecine était passée du moyen âge à l'ère moderne.Pour finir il avait réussi à faire, à sa retraite, ce qu'il n'avait pu faire au début de sa carrière : être médecin humanitaire en Afrique, puis peintre à temps complet.
Mais ces feuilles séparées ne pouvaient rester dans un tiroir .Il fallait en faire un livre.
Plutôt que de s'adresser à un éditeur qui l'aurait obligé à assurer la promotion de son ouvrage, ce qui ne l'amusait pas, le jeune écrivain octogénaire pensa qu'il valait mieux s'adresser à un imprimeur de qualité. Or, depuis Gutenberg, les imprimeurs flamands, avaient grande réputation. Il a fini par en trouver un à Bruges qui s'appelait "Aquiprint".
A sa grande surprise ce Bruges-là, n'avait rien de belge et se trouvait en Gironde. Il fit tout de même un essai et, dès le premier contact, il est tombé sous le charme d'une voix qui l'a littéralement envoûté. Sans aucune obséquiosité commerciale mais avec une chaleur amicale très naturelle, grâce à elle, il se sentait un auteur pour lequel ces imprimeurs allaient se dévouer corps et âme, avec autant de sérieux que si c'était pour Proust lui même. Et, à la date prévue, le jeune auteur reçut mieux qu' un livre : un bel objet, agréable à regarder, à caresser, à feuilleter et à lire, avec un beau papier, une belle typo et une magnifique couverture attirante et solide qui lui donna l'impression d'être un auteur qui compte. Il était aux anges.

De plus, il s'était créé avec cette équipe d'imprimeurs, à la fois sérieuse et joyeuse, une espèce de complicité amicale qui lui a donné envie de continuer à écrire, ne serait-ce que pour garder le contact avec les "Anges-Imprimeurs de Bruges" une race d'anges qui n'avait rien à envier aux merveilleux " Anges-Arquebusiers" espagnols d'Amérique latine......


Didier Reinharez  - Auteur 'Un oiseau Traversa le ciel' et 'Les tribulations d'un Carabin sentimental'
imprimé sur les presses de Aquiprint.

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