lundi 10 mars 2014

Nouvelles pour de Rire - De Joël Chiron

Joël Chiron a imaginé une petite histoire de BAT qui peut vous faire sourire. Evidemment, on est en pleine fiction puisque les BAT arrivent toujours à destination chez AQUIPRINT ! Joël Chiron, Auteur de "Nouvelles pour de rire"
Les combles
  
Allô ? 
        - Oui…
        - Vous êtes bien l’auteur de Nouvelles pour de rire ?
  - Oui…
  - Soit dit en passant, ce n’est pas un très bon titre. Mais la photographie de la couverture est très intéressante.
  - Oui… Mais comment avez-vous pu me joindre ? Je suis sur liste rouge. En plus, je n’ai pas encore fait imprimer mon recueil de nouvelles. J’attends simplement le Bon à tirer pour donner le feu vert à l’imprimeur…
  - C’est sûrement une erreur de la poste. J’habite Bléru, dans les Yvelines. Et vous, c’est Blaru. Vous voyez, il y a de quoi se tromper…
  - Oui. Et alors ?
  - Eh bien, c’est moi qui ai reçu votre BAT, votre Bon à tirer, si vous préférez…
  - Mais votre nom, il est forcément différent du mien.
  - Pas trop. En tout cas pas assez pour un postier. Remarquez bien que je n’ai rien contre les postiers. D’autant plus qu’à Bléru, c’est une postière. Et charmante au demeurant…
Et il m’explique qu’il est directeur d’un journal local, l’Inter-Démocrate des Yvelines, qu’il reçoit des livres tous les jours et qu’il a lu le mien avec intérêt.
  - Elles sont un peu courtes, trop rapides, mais ce n’est pas mal pour les lecteurs de mon hebdomadaire. Ecoutez, je vous propose un deal. Si vous êtes d’accord, je publie vos nouvelles dès la semaine prochaine. Une par semaine. On verra avec mon rédac’ chef les quelques améliorations et modifications nécessaires.
  - Mais…
Et il raccroche, me laissant dubitatif.
*
J’ai écrit ces petites histoires pour amuser plus ou moins ma famille et des amis. Je doute que cela puisse intéresser le lectorat d’un hebdo local. Je me suis laissé aller bien souvent à un certain délire auquel on peut ne pas adhérer. En même temps, il peut être passionnant d’avoir d’autres avis, plus objectifs, sur mes écrits. Une certaine prise de risque, sans grand danger, somme toute. J’aime beaucoup l’expression « somme toute » que je placerais volontiers un peu partout, voire comme titre du recueil.  Il ne se passe pas grand-chose dans mes histoires, somme toute…
Deux jours plus tard, je reçois mon BAT et un contrat écrit en très petites lettres. Je n’ai pas trop envie de le lire, n’ayant pas trop envie de donner suite à la proposition de mon interlocuteur de l’avant-veille. Une clause du contrat me fait sursauter : « L’auteur des nouvelles (pour de rire) s’engage à accepter toute modification exigée par le format journalistique, en particulier certains de ses écrits devront être un peu enrichis et d’autres, au contraire, sérieusement raccourcis. De plus, les allusions à la politique devront être supprimées. » En alinéas, les modifications envisagées avec, en gros, retrait de tous les noms propres cités dans le recueil… Même Evelyne Dhéliat !
A la fin du document, une proposition financière très intéressante qui me permettrait d’aménager les combles de mon petit Phénix.
*
Le soir même, comme il n’y a rien à la télé et que mon stock de DVD nouveaux est épuisé, je me suis mis à lire attentivement le contrat. Finalement, rien de bien choquant en dehors de la clause que j’avais déjà lue. Si ce n’est qu’il m’est interdit de diffuser par quelque procédé que ce soit mes textes avant publication dans le journal et qu’une publication ultérieure ferait l’objet d’un autre contrat.
Nous sommes, ma femme et moi, des collectionneurs invétérés. Tous les murs sont recouverts d’étagères pour les livres, les disques vinyle, les CD, les DVD et quantité d’objets souvent totalement inutiles. La syllogomanie nous guette ! Je ne sais pas trop si notre accumulation compulsive relève de cette maladie, mais l’aménagement des combles offrirait évidemment de nouveaux horizons à notre collectionnite aiguë..
*
Je passe une mauvaise nuit. Impossible de m’endormir.
Je finis par me lever en pleine nuit, vers trois heures. Je vais dans la cuisine, j’allume la radio et je me mets à feuilleter le BAT. L’imprimeur attend ma réponse, mon approbation pour lancer l’impression, à compte d’auteur, donc, de mes nouvelles. A part la couleur de la couverture, tout me convient. Je repère bien quelques erreurs de typographie et une utilisation mal maîtrisée du traitement de texte, mais l’ensemble me satisfait. Du bon travail ! Seulement, si j’accepte la proposition qui m’est faite de publier ces textes dans un journal, je ne peux plus donner suite à celle de l’imprimeur, que j’avais déjà payé. Comment récupérer ma mise ? L’imprimeur a sûrement engagé des frais, passé des commandes de papier, prévu un planning… Je me fais une tisane et me surprends à écouter l’émission de radio. C’est une rediffusion à propos de La Fontaine intitulée « La Fontaine, homme à fables». J’entends d’ailleurs « Homme affable ». Des universitaires échangent à propos de l’écrivain.
La Fontaine, pour moi, c’était les fables à apprendre à l’école et plus tard les fables que je faisais apprendre à mes élèves. Chaque année, ils y avaient droit  et surtout à celle dont je me souvenais encore de chaque mot, celle qui est une des plus importantes pour moi, celle qui va me permettre de mettre fin au dilemme qui me ronge depuis l’appel du directeur de Inter-démocrate des Yvelines.
Ma fable préférée est Le Loup et le Chien.
Un loup amaigri par les privations rencontre dans les bois un chien qui s’est perdu. Le loup est féroce et en temps normal n’aurait fait qu’une bouchée du chien. Mais ce chien, bien que perdu, respirait la santé et l’issu du combat était pour le moins incertaine. En désespoir de cause, un dialogue s’instaure. Le chien propose au loup de quitter les bois et de le ramener dans sa ferme, avec promesse de bons repas et d’un traitement paradisiaque en échange de peu de chose dont « à son maître complaire ». Quand même ! Mais « chemin faisant », le loup voit le cou du chien pelé, à cause évidemment du collier par lequel il est attaché. Le chien avoue qu’il n’est pas libre, que tous les bienfaits qu’il a énumérés ne sont dus qu’à sa servitude, pour le moins consentie. Le loup décide de fuir, estimant que sa liberté n’a pas de prix.
En gros, c’est l’histoire que La Fontaine raconte. Il écrit un manifeste pour la Liberté, celle de l’artiste, même avec un petit « a », ou de l’auteur, avec le même petit « a » face au pouvoir de l’argent, qui, avec un « a » même petit pourrit tout.
Toute proportion gardée et après maintes réflexions,  j’adopte finalement la position du loup et décide de téléphoner au directeur du journal dans la matinée.
Je lui annonce que j’ai bien lu son contrat, que son offre est alléchante, mais que je me vois dans l’obligation de la refuser.
- Pour quelles raisons ?
- Ce serait trop long à vous expliquer. Relisez plutôt la fable de La Fontaine, Le Loup et le Chien.
Et je raccroche, l’esprit plus libre.
Tant pis pour les combles !


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Toujours un grand bonheur de recevoir le colis et de découvrir tous les exemplaires emballés avec soin.
Un travail parfait d’impression et de reliure, comme à chaque fois, qui donne envie de continuer de publier ses textes pour la famille et les amis. On sent le goût du travail bien fait.Un grand merci pour la rapidité d’exécution (le BAT reçu 5 jours après l’envoi du texte sur le site!)et les bonus qui font très plaisir.
Rendez-vous au printemps pour un nouveau livre.
Très cordialement,
Joël Chiron